Réemploi et consigne : de quoi parle-t-on ?

Le réemploi désigne toute opération par laquelle un produit, une matière ou un emballage est réutilisé pour le même usage, sans passer par la case « déchet ». La consigne pour réemploi, quant à elle, repose sur un principe plutôt simple : le consommateur paie une petite somme supplémentaire à l’achat, qu’il récupère lorsqu’il rapporte l’emballage vide. Ce dernier est ensuite lavé, contrôlé et remis dans le circuit de production. Le cycle d’une bouteille en verre consignée comprend ainsi huit étapes :

  • La fabrication
  • L’envoi au parc d’emballage
  • Le conditionnement
  •  La vente
  • La consommation
  • Le retour
  • Le lavage
  • La remise en circulation

Une boucle vertueuse qui s’inscrit pleinement dans le principe d’économie circulaire !

Pourquoi le réemploi est plus vertueux que le recyclage ?

Recycler le verre demande de le faire fondre à 1500 degrés pendant 24 heures, et de réintroduire 20 % à 30 % de matière vierge à chaque cycle (Étude Cabinet Deroche Consultants, 2009).  À l’inverse, le lavage d’une bouteille réemployée consomme 15 fois moins d’énergie que la fabrication d’une bouteille neuve (ADEME, 2023). Toujours selon l’ADEME, une bouteille consignée peut émettre jusqu’à 80 % de gaz à effet de serre en moins qu’une bouteille à usage unique, un chiffre qui varie toutefois en fonction du nombre de réutilisations et de kilomètres parcourus. Autrement dit, plus la boucle est courte, plus le gain économique est important. Le réemploi prend alors tout son sens lorsqu’il reste local… d’où l’intérêt de valoriser les initiatives qui l’encouragent !

Un cadre réglementaire qui pousse au changement

La loi AGEC (Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire) adoptée en 2020, et la loi Climat et Résilience de 2021 fixent plusieurs objectifs :

  • Une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique pour fin 2025, dont au minimum la moitié via le réemploi ;
  • Une réduction de 50 % du nombre de bouteilles en plastique à usage unique à l’horizon 2030.

La réglementation crée ainsi un cadre propice à la relance de la consigne, en incitant les acteurs économiques à mobiliser leurs efforts pour développer des filières locales, standardisées et logistiques. Certaines entreprises intègrent désormais des emballages consignés dans leurs gammes, quand d’autres s’associent à des plateformes régionales de réemploi. Un exemple finistérien : la cidrerie Kerné, à Pouldreuzic, qui reconditionne 40 à 50 % de ses bouteilles et en récupère près de 300 000 par an.

Distro, moteur du réemploi du verre en Bretagne

Créée en 2022, la SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) bretonne Distro fédère les producteurs, distributeurs, collectivités et citoyens bretons autour d’un objectif commun : développer une filière régionale de la consigne. Basée à Grand-Champ dans le Morbihan et membre du réseau France Consigne, Distro dispose d’un centre de tri et de massification qui organise la collecte, le transport et le lavage des bouteilles (réalisé en Loire-Atlantique). Elle revend ensuite les bouteilles propres aux producteurs et leur permet de bénéficier de tarifs préférentiels grâce à des achats groupés. Les emballages issus de cette filière sont reconnaissables par un logo qui garantit que la bouteille sera lavée et réemployée. Distro accompagne ainsi, chaque année, une vingtaine de producteurs bretons vers le réemploi, notamment dans le secteur des boissons. Aujourd’hui, la coopérative réunit 45 producteurs et 86 magasins partenaires, répartis sur le territoire. Un exemple : Les Confitures 4 Saisons, qui a rejoint le réseau récemment pour mettre en place la consigne sur ses bocaux.

Un autre acteur en scène : le projet ReUse

L’initiative ReUse, portée par Citéo et Adelphe, a pour objectif de préfigurer un dispositif national de réemploi mutualisé pour les emballages alimentaires. L’expérimentation a démarré à l’été 2025 et devrait durer 18 mois dans quatre régions pilotes : Bretagne, Pays de la Loire, Normandie et Hauts-de-France, et toucher ainsi :

  • 16 millions d’habitants
  • 45 millions d’emballages standardisés (bouteilles, pots et bocaux en verre) seront déployés dans 700 magasins de huit enseignes, dont Carrefour, Intermarché et Système U

Dans le Finistère, quinze magasins participent à l’expérimentation. Les consommateurs paient la consigne à l’achat, puis déposent les emballages vides dans les automates de collecte installés à l’entrée des magasins pour récupérer leur consigne. La carte interactive des commerces partenaires est disponible sur le site Réflexe gagnant. Selon une étude Citeo/CSA de 2024, plus de 9 Français sur 10 soutiennent la consigne et souhaitent leur mise en place à proximité de chez eux, pour réduire leurs déchets (95 %) et créer des emplois (85 %). En outre, 75 % des interrogés considèrent que le retour de la consigne est facile à mettre en œuvre.

Le Finistère : un terrain déjà fertile

Entre la dynamique Distro et l’expérimentation ReUse, le Finistère se trouve à un moment charnière et fait partie des départements moteurs avec de nombreux acteurs engagés, à l’image de la Brasserie du Bout du Monde. Mais tout n’est pas encore fluide : la coexistence de plusieurs logos et de circuits parallèles peut rendre la consigne difficile à suivre pour le consommateur. Par ailleurs, les professionnels font face à certains enjeux qui peuvent nécessiter une réadaptation ou une réorganisation en interne, notamment concernant le stockage des bouteilles et l’hygiène. Pour autant, les initiatives locales sont essentielles. Comme le souligne Zéro Waste France, « le réemploi ne peut être efficace que s’il est pensé à l’échelle régionale, au plus près des producteurs et des consommateurs ». Reste à savoir comment les deux échelles, locale et nationale, pourront cohabiter et se renforcer mutuellement, sans complexifier le geste pour le consommateur.

L’exemple inspirant de la Cidrerie Kerné, pionnier de la consigne verre dans le Finistère

4 questions à Laura Bosser, Responsable commerciale et communication de la Cidrerie Kerné, située à Pouldreuzic.

Boutique Kerné à Pouldreuzic. Image cidre-kerne.bzh.

Depuis quand l’entreprise Kerné a-t-elle décidé de mettre en place la consigne pour ses bouteilles ?

Depuis toujours ! L’entreprise Kerné est née en 1947. À cette époque, la consigne se faisait beaucoup, et nous n’avons jamais cessé de la pratiquer. Le fait de travailler majoritairement en local (80 % de nos bouteilles sont vendues dans le Finistère) et avec les professionnels de la restauration facilite clairement la démarche. Mais les particuliers aussi jouent le jeu. Rien qu’à la boutique de vente directe, nous récupérons en moyenne 300000 bouteilles par an. Au total, 40 % à 50 % de nos bouteilles reviennent en consigne.

Comment Kerné a-t-elle évolué pour rendre le réemploi des bouteilles plus efficace ?

En 2004, nous nous sommes équipés de notre propre laveuse, achetée d’occasion. La machine date de la fin des années 1980 et fonctionne encore parfaitement aujourd’hui. Nous avons adapté notre étiquetage en conséquence, avec une colle sans solvant qui permet aux étiquettes de se décoller facilement dans un bain de soude. Toute la chaîne de récupération a également été optimisée, avec un tri préalable par taille et par catégorie (cidre, jus de pomme). En 2026, nous investirons dans un nouvel équipement capable de détecter la présence de corps étrangers (paille, étiquette…) dans les bouteilles récupérées.

Quels sont les obstacles ou difficultés que vous pouvez rencontrer ?

Nous ne sommes jamais totalement à l’abri d’une microfissure sur une bouteille, non détectée au contrôle visuel, même si cela reste très rare. Il arrive aussi que des clients, particuliers ou professionnels, nous rapportent des bouteilles d’autres producteurs. Leurs étiquettes ne sont pas compatibles avec notre laveuse, à cause des solvants dans la colle, et les bouteilles doivent donc être jetées. Autre chose : le montant de notre consigne n’a pas évolué depuis l’année 2000. Aujourd’hui, proposer le réemploi ne nous fait pas perdre d’argent, mais ça ne nous fait pas en gagner non plus… La majorité de nos revendeurs (épiceries, cavistes, boutiques de produits locaux) ne peuvent pas appliquer la consigne, faute d’espace de stockage. Enfin, il reste un gros travail de sensibilisation à mener auprès des professionnels concernant les caisses consignées. Celles-ci nous coûtent plus de 8 euros à l’achat, alors que la consigne n’est que de 1,80 €.

Quels seraient tes conseils pour les producteurs et entreprises qui souhaiteraient s’y mettre ?

D’abord, bien anticiper l’espace de stockage et les ressources humaines nécessaires pour organiser la reprise et le comptage des bouteilles. L’investissement matériel est important : rejoindre les initiatives collectives comme Distro peut permettre d’alléger les coûts. Enfin et surtout, je dirais que toute l’efficacité de la démarche repose sur un solide travail de communication et de sensibilisation auprès de ses clients. Mais la consigne a de beaux jours devant elle, car nous sommes tous de plus en plus sensibles à l’enjeu écologique évident qu’il y a derrière. Il est difficile de ne pas y adhérer lorsque l’on sait qu’une bouteille peut être réutilisée en moyenne 50 fois !

Plus d’informations sur l’engagement de Kerné sur la réduction des déchets et l’environnement, sur le site web de l’entreprise